Justice: redonnons du temps à la réflexion

Justice: redonnons du temps à la réflexion

Justice: redonnons du temps à la réflexion

by avril 13, 2015 0 comments

The Huffington Post – 13/04/2015

Par : Dominique Attias

Chaque drame impacte et bouleverse notre société. Le crash sur les Alpes, maintenant une nouvelle affaire de pédophilie, les politiques montent au créneau, recherchent un responsable et comme le font les adolescents: une réponse immédiate.

Mais ne reproche-t-on pas aux adolescents de ne pas prendre le temps de réfléchir, de s’exprimer et de passer immédiatement à l’acte? Les affaires de pédophilie mettent cruellement en lumière les limites d’une obsession de l’immédiateté. Cessons de croire à une société idéale et de penser: «je peux tout, j’évite tout grâce à la Loi plus rien ne se passera».

Le mythe de l’infaillabilité

L’enquête CSF (Contexte de la sexualité en France) de 2006, révélait que 59% des femmes et 67% des hommes victimes de violences sexuelles, ont subi les premiers viols ou tentatives de viol avant l’âge de 18 ans. En croisant les données de l’Observatoire national des violences faites aux femmes, il ressort que 123.756 filles et 32.485 garçons de moins de 18 ans seraient victimes d’un viol ou tentative de viol chaque année. Des enfants victimes qui ne sont pas pris en compte avec des répercussions calamiteuses tout au long de la vie (cf. impact et prise en charge des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte – enquête 2014 Association Mémoire traumatique et victimologie).

Interrogeons-nous toutefois sur les réactions d’une société qui se croit obligée de pointer immédiatement les coupables, sans réfléchir à l’intégralité des dispositifs. Il est désormais demandé au psychiatre d’être infaillible et de sonder comme un devin l’âme humaine; au système judiciaire également pas de possibilité d’erreur. Un déni total de la réalité: les intervenants judiciaires, magistrats, avocats, psychiatres, personnels des services éducatifs, sont des êtres humains et donc sujets à des défaillances.

Redonnons du temps à la réflexion

L’immédiateté des réactions entraîne un empilement des textes qui, trop nombreux, deviennent illisibles ou inapplicables. Une création de fichiers liberticides, impactant certes les adultes mais également les enfants, qui à compter de l’âge de 13 ans y sont inscrits pendant 20 parfois même 30 ans, les marquant ainsi au fer rouge pendant une grande partie de leur existence.

Tel est le cas du FNAEG (fichier national des empreintes génétiques), où près de 3,8% de la population française était inscrite en 2013, ou du FIJAIS V (fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles et violentes). Bien que mis hors de cause, nos concitoyens voient les empreintes génétiques conservées. La société met au pilori toute personne «mise en examen» et pourtant présumée innocente.
Dans le cas de ce directeur d’école accusé de pédophilie, les textes existent, tant loi que circulaires. Ces dernières de manière réitérées rappellent aux autorités, leurs obligations de signalement. A chaque drame il devrait être laissé le temps de la réflexion, pour une fois l’émotion retombée, tirer les leçons des dysfonctionnements. Il ne sert à rien de pointer du doigt un coupable pour s’exonérer de cette réflexion.

Axons nos efforts sur la prévention

Afin d’éviter dans la mesure du possible, que tout nouveau drame ne se reproduise, il convient avant tout d’axer les efforts sur les mesures préventives.

* Permettons aux enfants de prendre conscience dès leur plus jeune âge du respect qui leur est dû tant concernant leur intégrité physique que morale que du comportement des adultes à leur égard. Pour ce faire, doivent être créés des outils: livrets, jeux, etc… exploités tant à l’école que dans tous les lieux qui reçoivent des enfants et ce dès le CP.
* Des formations spécifiques destinées aux professionnels en relation avec les enfants: enseignants, services éducatifs, magistrats, avocats…, doivent être mis en place, telles les formations spécifiques qui sont en cours de création concernant les enfants témoins ou victimes de violences conjugales. Ces formations leur permettront de repérer les signes de maltraitance dans ce domaine (à titre d’exemple : les techniques d’entretien avec un enfant victime ne s’improvisent pas).
* Les lieux de prise en charge préventive des personnes déviantes manquent cruellement. En France, la seule association ressource, existante est l’Ange bleu. Des lieux semblables devraient être développés et connus du grand public, ainsi certains passages à l’acte pourraient être évités.

Il est par ailleurs simpliste d’imaginer que, par magie, les pulsions disparaissent définitivement avec certitude parce que l’abuseur a été condamné.

* Concernant la prévention de la récidive, les injonctions de soins si elles sont utiles, ne sont pas suffisantes. Les lieux spécifiques tel que celui cité ci-dessus doivent également pouvoir prendre en charge de manière anonyme, les personnes condamnées.
* Il convient enfin de décloisonner les mondes de la Justice et de l’Education nationale. Les faire se rencontrer de manière systématique et institutionnelle et les mettre en mesure de croiser leurs informations dans l’intérêt des jeunes, est indispensable, car les dysfonctionnements naissent de la méconnaissance de l’autre.

Lire la tribune sur le site du Huffington Post

No Comments so far

Jump into a conversation

No Comments Yet!

You can be the one to start a conversation.

Your data will be safe!Your e-mail address will not be published. Also other data will not be shared with third person.